Cultiver les pois chiches au potager en France : guide pratique
Le pois chiche est la légumineuse la plus cultivée au monde après le soja et la fève, et pourtant elle reste étrangement absente des potagers français. C'est une plante méditerranéenne qui aime la chaleur sèche, et si vous vivez dans le Sud ou dans une région bénéficiant d'étés chauds, vous pouvez tout à fait produire vos propres pois chiches. La réussite repose sur un seul principe : semer tard, dans un sol bien réchauffé, et ne jamais trop arroser. En échange, vous obtiendrez une plante robuste, fixatrice d'azote, qui récolte de belles gousses rondes renfermant chacune un ou deux grains savoureux.
Semis : mai (sol à 15°C minimum), idéalement fin mai dans les régions fraîches. Sol : léger, drainant, ni trop riche ni trop humide. Espacement : 20 à 30 cm entre les plants, 40 cm entre les rangs. Profondeur de semis : 4 à 5 cm. Exposition : plein soleil indispensable. Récolte verte : juillet. Récolte sèche : août-septembre, gousses parchemineuses. Régions recommandées : Sud, Sud-Ouest, Loire, Bourgogne dans les bons étés.
Une légumineuse qui enrichit le sol et nourrit le jardinier
Le pois chiche (Cicer arietinum) est cultivé depuis plus de 7 500 ans au Proche-Orient. Comme toutes les légumineuses, il vit en symbiose avec des bactéries du genre Rhizobium fixées sur ses racines : ces micro-organismes captent l'azote atmosphérique et l'incorporent dans le sol sous une forme assimilable par les plantes. Au bout de sa vie, chaque plant de pois chiche laisse dans le sol l'équivalent de plusieurs grammes d'azote pur, ce qui fertilise naturellement la culture suivante. C'est pourquoi le pois chiche est idéal dans une rotation des cultures bien pensée : plantez-le une année, et l'année suivante vous pouvez implanter des légumes gourmands en azote comme les choux ou les courges sur la même parcelle.
La plante atteint 30 à 60 cm de hauteur selon la variété et les conditions de culture. Son port est buissonnant, ses feuilles composées sont recouvertes de poils glandulaires sécrétant un acide oxalique qui lui confère une légère viscosité au toucher. C'est ce même acide qui protège naturellement la plante contre de nombreux insectes ravageurs, ce qui en fait une culture peu sujette aux attaques. Les fleurs blanches ou violettes apparaissent en juin-juillet et donnent naissance à des gousses courtes et gonflées contenant un ou deux grains ronds.
Du point de vue nutritionnel, le pois chiche est une source exceptionnelle de protéines végétales (environ 20 g pour 100 g de grains secs), de fibres, de fer, de magnésium et de vitamines du groupe B. Produit dans son propre jardin, il évite les interminables transports depuis l'Espagne ou le Mexique et offre une fraîcheur gustative que les pois chiches en conserve ne peuvent pas égaler. La version fraîche, récoltée en vert et mangée comme des petits pois en juillet, est une véritable découverte pour ceux qui ne l'ont jamais goûtée.
Choisir ses variétés et préparer le semis
Les variétés de pois chiches se divisent en deux grandes catégories. Les variétés kabuli, aux gros grains blancs-crème, sont les plus répandues dans le commerce et les mieux adaptées à une consommation sèche. Les variétés desi, aux petits grains plus foncés et ridés, sont moins courantes en France mais souvent plus robustes et adaptées aux conditions moins chaudes. Pour débuter, cherchez des variétés sélectionnées pour le climat français, comme la variété Merveille de Maussane ou la Pois chiche de Provence.
La préparation du semis est simple mais quelques règles conditionnent la réussite. Le sol doit impérativement être bien réchauffé car les graines germent mal en dessous de 12°C et la germination est optimale entre 20 et 25°C. La période idéale se situe entre le 1er et le 20 mai selon les régions. Dans le Nord de la France, un semis sous tunnel froid à la fin d'avril peut être envisagé pour allonger la saison.
- Ameublissez le sol sur 20 cm de profondeur sans ajout d'engrais azotés : les pois chiches n'en ont pas besoin et un excès d'azote favorisera la végétation au détriment des grains. Un sol ordinaire, voire légèrement pauvre, convient parfaitement.
- Ne faites pas tremper les graines avant le semis, contrairement aux pois ou aux haricots. Les pois chiches germent mieux sans trempage car leur enveloppe fragile peut se fissurer et favoriser les pourritures.
- Tracez des sillons de 4 à 5 cm de profondeur, espacés de 40 cm. Déposez les graines tous les 20 à 25 cm.
- Recouvrez de terre fine et tassez légèrement. Arrosez une seule fois au semis, puis ne plus arroser avant la levée sauf en cas de sol complètement sec.
- La levée intervient en 10 à 15 jours selon la température du sol. Les jeunes plants ressemblent à de petites plantules fragiles au début, puis s'étoffent rapidement dès que la chaleur s'installe.
- Éclaircissez si nécessaire pour respecter l'espacement de 20 à 30 cm entre les plants.
Évitez absolument de semer le pois chiche à côté d'oignons ou d'ail, qui inhibent sa croissance. En revanche, il s'associe très bien avec les céréales, les courges et les crucifères. Consultez notre guide sur les associations de plantes pour optimiser l'organisation de votre potager.
Entretien et arrosage : moins c'est mieux
Le pois chiche est sans doute la légumineuse la plus économe en eau de toutes celles que l'on peut cultiver au potager. Ses origines méditerranéennes et levantines lui ont donné une tolérance à la sécheresse remarquable. Dans la plupart des régions françaises, les pluies de printemps sont suffisantes pour assurer la croissance initiale, et les plants peuvent traverser des périodes de sécheresse estivale de 2 à 3 semaines sans dommage notable. Un arrosage excessif est l'erreur la plus courante : il favorise le développement des feuilles au détriment des grains et augmente les risques de maladies fongiques.
| Stade | Besoin en eau | Fréquence d'arrosage |
|---|---|---|
| Semis | Modéré | Un seul arrosage au semis |
| Levée à 15 cm | Faible | Aucun arrosage sauf sol très sec |
| Floraison (juin) | Modéré | 1 fois par semaine si sécheresse |
| Remplissage des grains | Modéré | 1 fois par semaine si chaleur forte |
| Avant récolte sèche | Nul | Arrêter l'arrosage 3 semaines avant |
Le désherbage est important en début de saison car les jeunes plants sont peu compétitifs. Un binage superficiel entre les rangs toutes les 2 semaines jusqu'à ce que la végétation couvre le sol suffit à limiter les adventices. Un léger paillage de paille ou de tontes de gazon séchées entre les rangs limite à la fois les mauvaises herbes et l'évaporation sans retenir l'excès d'humidité nuisible à cette culture.
Le pois chiche fixe entre 50 et 100 kg d'azote par hectare grâce aux nodules sur ses racines. Après la récolte, laissez les racines en terre et enfouissez légèrement les tiges broyées : vous enrichissez ainsi le sol naturellement, sans engrais chimique. La parcelle sera idéale l'année suivante pour des légumes gourmands en azote comme les brassicacées ou les cucurbitacées.
Maladies et ravageurs à surveiller
Le pois chiche est globalement une culture peu sujette aux problèmes sanitaires. Sa pilosité glandulaire repousse naturellement une grande partie des insectes nuisibles. Quelques points de vigilance subsistent néanmoins, surtout dans les étés humides qui ne correspondent pas vraiment à ses préférences climatiques.
L'anthracnose est la principale maladie à craindre. Ce champignon provoque des taches brunes nécrotiques sur les feuilles, les tiges et les gousses. Il se développe en conditions d'humidité prolongée, notamment après des pluies répétées combinées à une chaleur modérée. Pour prévenir, semez tôt pour éviter que la floraison ne coincide avec les pluies d'orage de juillet, aérez bien les plants en respectant les espacements recommandés et évitez d'arroser le feuillage. Des plants atteints doivent être retirés et détruits, jamais composté. Le purin d'ortie appliqué en préventif renforce les défenses naturelles des plants.
Les pucerons peuvent coloniser les jeunes pousses en mai et juin. Surveillez l'envers des feuilles et intervenez rapidement avec un jet d'eau puissant ou un savon insecticide dilué. Les thrips, petits insectes allongés, peuvent également s'attaquer aux fleurs et réduire la nouaison. L'installation de plantes attractives pour les auxiliaires (bourrache, phacélie) à proximité aide à maintenir un équilibre naturel.
Récolte : en vert ou en sec
Le pois chiche offre deux modes de récolte radicalement différents, chacun avec ses propres plaisirs culinaires. La récolte en vert intervient dès juillet quand les gousses sont bien formées mais encore tendres et de couleur verte. Les grains à ce stade ressemblent à de petits pois légèrement sucrés et peuvent se manger crus ou à peine poêlés avec un filet d'huile d'olive et du sel. C'est une préparation que l'on trouve couramment dans les régions méditerranéennes mais qui reste méconnue en France.
La récolte sèche, plus classique, intervient en août ou septembre quand les gousses sont devenues parchemineuses et commencent à jaunir. Il faut surveiller attentivement ce moment car les gousses mûres s'ouvrent et libèrent les grains au sol. La meilleure méthode est d'arracher les plants entiers quand environ 80% des gousses sont sèches, puis de les suspendre tête en bas dans un endroit ventilé et sec pendant une à deux semaines. Battez ensuite les plants ou ouvrez les gousses à la main pour récupérer les grains.
Après le battage, triez les grains et éliminez les endommagés ou mal formés. Faites sécher les grains récoltés encore 10 à 15 jours étalés sur une grille dans un endroit chaud et ventilé avant de les stocker. Un grain mal séché fermenterait dans le bocal. Conservez dans des bocaux en verre hermétiques à l'abri de la lumière : les pois chiches secs se gardent facilement 2 à 3 ans sans perte de qualité gustative notable. Avant de les cuisiner, faites-les tremper 12 heures dans l'eau froide et jetez l'eau de trempage.
Questions fréquentes
Le pois chiche peut-il se cultiver dans le Nord de la France ?
Oui, mais avec quelques précautions. Dans le Nord et l'Ouest, la saison chaude est trop courte pour une récolte en sec dans les années ordinaires. Deux solutions : récolter en vert en juillet comme des petits pois, ou utiliser une serre froide ou un tunnel pour avancer le semis de 3 à 4 semaines. Les étés exceptionnellement chauds et secs permettent parfois une récolte sèche même dans ces régions.
Combien de plants pour avoir une récolte utile ?
Chaque plant produit environ 50 à 70 gousses contenant 1 à 2 grains. Comptez 20 à 30 plants pour obtenir un kilo de pois chiches secs, ce qui représente un rang de 5 à 6 mètres. Pour une famille, prévoyez 2 à 3 rangs de cette longueur. La récolte en vert est moins rentable en poids mais offre une expérience gustative rare et des quantités suffisantes pour quelques repas.
Faut-il faire tremper les pois chiches secs du jardin avant de les cuisiner ?
Oui, le trempage de 12 heures minimum dans de l'eau froide est indispensable, même pour des pois chiches produits au jardin. Il ramollit l'enveloppe, réduit les sucres responsables des flatulences et raccourcit le temps de cuisson. Après trempage, faites-les cuire à l'eau frémissante pendant 1h30 à 2 heures sans sel (qui durcit la peau) et sans couvercle pour éviter que l'écume ne déborde.
Cultiver ses propres pois chiches est une belle façon d'enrichir la biodiversité du potager et de tendre vers plus d'autonomie alimentaire. C'est aussi une légumineuse qui améliore le sol pour les cultures suivantes, ce qui en fait un maillon intelligent dans la rotation annuelle. Pour compléter votre production de légumineuses, découvrez aussi comment cultiver les haricots à rames qui offrent une récolte plus longue et plus abondante. Et pour préparer votre calendrier de semis à l'avance, consultez notre calculateur de date de semis.