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Le Potager du Pic
Maladies & ravageurs

Les aleurodes au potager : identification et solutions naturelles

Publié le 11 septembre 2026 , 5 min de lecture

Feuilles de tomate avec des aleurodes blancs sous le limbe

Les aleurodes, couramment appelées mouches blanches, sont parmi les ravageurs les plus présents dans les serres et les potagers abrités. Ces minuscules insectes de 1 à 2 mm, reconnaissables à leur aspect farineux blanc lorsqu'on agite un plant, colonisent la face inférieure des feuilles en nombre impressionnant et affaiblissent les cultures par succion de sève. Tomates, concombres, aubergines, poivrons et choux en sont les principales victimes. Si une infestation légère reste gérable avec quelques interventions simples, une colonie bien installée peut compromettre des semaines de travail. La clé est d'agir tôt, en associant plusieurs méthodes complémentaires.

L'essentiel en un coup d'oeil

L'insecte : Trialeurodes vaporariorum (serre) ou Bemisia tabaci (plein air chaud), 1-2 mm, poudré blanc. Plantes hôtes : tomate, concombre, aubergine, poivron, chou, haricot. Dégâts : affaiblissement par succion, miellat collant, fumagine noire, transmission de virus. Détection : colonies denses sous les feuilles, envol de nuage blanc quand on secoue le plant. Traitement : savon noir à 2-3 %, pièges jaunes englués, Encarsia formosa en serre. Prévention : ventilation en serre, plantes répulsives, surveillance dès l'installation des plants.

Identification des espèces et reconnaissance des dégâts

Deux espèces principales s'attaquent aux potagers français. La mouche blanche des serres (Trialeurodes vaporariorum) est l'espèce la plus répandue dans les espaces couverts et les régions tempérées. Elle apprécie particulièrement les tomates, les concombres et les aubergines. La mouche blanche de la tomate (Bemisia tabaci), initialement cantonnée aux zones méditerranéennes, s'est progressivement étendue vers le nord avec le réchauffement climatique. Elle est plus petite, souvent inclinée à 45° sur la feuille lorsqu'elle se nourrit, et peut transmettre des virus végétaux dangereux comme le TYLCV (virus de l'enroulement jaune de la tomate).

Les adultes vivent sous les feuilles, où ils se nourrissent de sève et pondent leurs oeufs en cercles caractéristiques. Une seule femelle peut pondre jusqu'à 400 oeufs au cours de sa vie. Les larves, transparentes et aplaties, passent par quatre stades de "nymphes" fixes avant de donner de nouveaux adultes ailés. Le cycle complet dure 3 à 4 semaines à 20°C et peut se raccourcir à 2 semaines en serre chaude, permettant des dizaines de générations par an en environnement contrôlé.

Les premiers dégâts visibles sont des taches jaunes ou argentées sur les feuilles, correspondant aux zones vidées de leur sève. Les feuilles infestées se couvrent ensuite de miellat, une sécrétion sucrée produite par les insectes lors de leur digestion. Ce miellat, collant, attire des fourmis et surtout des champignons de la famille des fumagines qui forment un enduit noir sur les feuilles et les tiges. Cette fumagine réduit la photosynthèse et affaiblit encore davantage la plante. Les plants sévèrement touchés jaunissent, dépérissent et finissent par mourir si on n'intervient pas.

Comment les aleurodes s'installent au potager

Les infestations démarrent souvent par l'introduction involontaire de plants achetés dans le commerce, déjà colonisés. C'est la voie de contamination la plus fréquente pour les serres et les jardins. En plein air, les adultes arrivent aussi par migration depuis des jardins voisins ou des cultures avoisinantes. En serre, la chaleur et l'humidité créent des conditions idéales pour une multiplication explosive.

La densité du feuillage joue un rôle important : des plants trop rapprochés, une serre mal ventilée ou un potager très dense offrent des microclimats chauds et protégés dans lesquels les aleurodes se multiplient sans entrave. Les stress hydrique et nutritionnel rendent aussi les plantes plus vulnérables et moins capables de compenser les attaques par succion.

Pour surveiller efficacement une population naissante, secouez légèrement un feuillage suspect : si un nuage de petits insectes blancs s'envole immédiatement, c'est un signe d'infestation. Examinez ensuite la face inférieure des feuilles basses : si vous y voyez des colonies de larves blanches plates ou des adultes en train de se nourrir, il faut agir sans attendre. Une détection précoce est décisive pour éviter une explosion démographique.

Les méthodes de lutte efficaces

La lutte contre les aleurodes combine plusieurs approches complémentaires. Aucune méthode seule ne suffit ; c'est l'association de plusieurs techniques simultanées qui donne les meilleurs résultats.

  1. Installez des pièges jaunes englués dès l'installation des plants, à hauteur de feuillage. Le jaune attire irrésistiblement les adultes aleurodes, qui s'y collent avant de pouvoir pondre.
  2. Préparez une solution de savon noir à 2-3 % en diluant 20 à 30 ml de savon noir liquide pur dans 1 litre d'eau tiède. Agitez bien.
  3. Pulvérisez la solution sur la face inférieure des feuilles, là où se concentrent les larves et les adultes. Insistez sur les zones très infestées.
  4. Renouvelez le traitement tous les 3 à 5 jours pendant 3 semaines, en visant les nouveaux adultes qui éclosent régulièrement.
  5. Retirez et détruisez les feuilles très colonisées, notamment les feuilles basses des tomates qui accumulent souvent les plus fortes densités.
  6. Aérez abondamment la serre ou le tunnel chaque matin : la ventilation perturbe les adultes et réduit l'humidité favorable à leur développement.

Une pulvérisation de lactosérum (petit-lait) dilué à 10 % peut aussi aider à lutter contre la fumagine secondaire qui s'installe sur le miellat. Ce traitement réduit le développement des champignons noirs sans agresser la plante.

MéthodeCibleEfficacitéEnvironnement
Pièges jaunes engluésAdultesBonne (surveillance + capture)Serre et plein air
Savon noir à 2-3 %Adultes et nymphesBonne si répétéSerre et plein air
Encarsia formosa (guêpe parasite)Nymphes T. vaporariorumTrès bonne (serre)Serre uniquement
Eretmocerus eremicusNymphes BemisiaBonne (serre)Serre uniquement
Lacewing larvae (chrysopes)Adultes et larvesPartielleSerre et plein air
Plantes répulsives (basilic, tagètes)Adultes (prévention)PartielleSerre et plein air

La lutte biologique : Encarsia formosa et autres auxiliaires

Encarsia formosa est une minuscule guêpe parasitoïde (<1 mm) qui pond ses oeufs à l'intérieur des nymphes de mouche blanche. La larve de la guêpe se développe aux dépens de la nymphe qu'elle tue, et on reconnaît les nymphes parasitées à leur couleur noire caractéristique. Ce parasitoïde est très efficace en serre, où la population est confinée et où la guêpe peut se reproduire sans contrainte. Il est disponible à l'achat dans des sachets ou des cartes contenant des nymphes parasitées, à installer directement sur les plants.

Pour Bemisia tabaci, une autre guêpe parasitoïde, Eretmocerus eremicus, donne de meilleurs résultats. Les deux espèces peuvent coexister en serre. Ces auxiliaires sont fragiles et sensibles à certains traitements : le savon noir, s'il est utilisé trop souvent, peut les affecter. Il faut donc coordonner les interventions et réserver le savon noir aux zones très infestées, en laissant aux auxiliaires le soin de gérer les zones à pression modérée.

En plein air, les syrphes, les chrysopes et certains carabes s'attaquent aussi aux aleurodes mais leur efficacité est moins prévisible qu'en serre. Pour attirer ces auxiliaires, plantez des fleurs à pollen facile d'accès (phacélie, bourrache, aneth) à proximité des cultures. Notre guide sur les insectes auxiliaires vous donnera toutes les clés pour créer un environnement favorable.

Bon à savoir

Le savon noir agit par contact direct en obstruant les stigmates respiratoires des insectes à corps mou. Pour qu'il soit efficace, il doit mouiller les insectes au moment de la pulvérisation. Il n'a aucun effet résiduel : une larve qui éclot après le traitement ne sera pas affectée. C'est pourquoi il faut répéter l'application tous les 3 à 5 jours pendant plusieurs semaines, en couvrant soigneusement la face inférieure des feuilles à chaque passage.

Prévention et plantes compagnes

La prévention commence par l'achat de plants sains. Avant d'introduire de nouveaux sujets dans une serre ou un tunnel, examinez soigneusement la face inférieure de leurs feuilles. Si vous observez des larves ou des adultes, mettez les plants en quarantaine et traitez-les avant de les intégrer à vos cultures. C'est la mesure préventive la plus efficace pour éviter l'introduction initiale.

Le basilic est l'une des plantes répulsives les plus efficaces contre les aleurodes sur tomates : son huile essentielle masque et perturbe les adultes en recherche de plantes hôtes. Plantez-en généreusement entre vos rangs de tomates, à raison d'un pied de basilic pour deux à trois plants de tomates. Les tagètes (Tagetes patula et Tagetes erecta) exsudent une substance allélochimique par leurs racines qui repousse à la fois les aleurodes et les nématodes parasites. La menthe et la coriandre exercent aussi un effet répulsif intéressant.

En serre, maintenir une ventilation permanente, notamment en journée, est fondamental. Les aleurodes se multiplient beaucoup moins vite dans un air en mouvement que dans une atmosphère stagnante et chaude. Évitez de serrer les plants et n'hésitez pas à supprimer les feuilles basses des tomates pour augmenter la circulation d'air sous le feuillage. Pour les cultures en pot ou en bac, notre article sur le jardinage en pot aborde les bonnes pratiques de ventilation en espace confiné.

Questions fréquentes

Les aleurodes peuvent-elles contaminer les légumes récoltés ?

Les aleurodes ne contaminent pas directement les légumes récoltés et ne posent aucun risque sanitaire pour l'humain. En revanche, la fumagine (dépôt noir de champignons sur le miellat) peut affecter l'aspect et parfois le goût des fruits si elle se développe sur leur surface. Il suffit de laver soigneusement les légumes avant consommation. Les plantes très affaiblies par une longue infestation peuvent produire des fruits de moins bonne qualité, plus petits et moins goûteux.

Le savon noir est-il dangereux pour les abeilles et les autres insectes utiles ?

Le savon noir peut être dangereux par contact direct pour les insectes à corps mou, y compris les auxiliaires et les pollinisateurs. Pour limiter ce risque, ne traitez jamais en pleine journée quand les abeilles butinent, mais toujours le soir ou tôt le matin. Évitez de pulvériser sur les fleurs. Le savon noir ne laisse aucun résidu une fois sec : un auxiliaire qui se pose sur une feuille traitée 24 heures plus tard ne sera pas affecté. Utilisé ciblé sur le feuillage infesté uniquement, son impact sur la faune utile reste limité.

Les aleurodes hivernent-elles dans le sol comme d'autres ravageurs ?

En plein air, les aleurodes ne supportent pas les températures négatives et ne survivent pas à l'hiver sous nos latitudes. Elles ne hivernent pas dans le sol comme le doryphore. C'est en serre chauffée ou dans des espaces protégés que les populations se maintiennent tout l'hiver. C'est pourquoi les infestations en plein air recommencent chaque printemps par introduction depuis l'extérieur (plants contaminés, migration depuis serres voisines). En serre non chauffée, une période de vide sanitaire en hiver (2 à 3 semaines sans plantes) suffit à éliminer les populations résiduelles.

Les aleurodes sont un ravageur à ne pas sous-estimer, surtout en serre et en tunnel où leurs populations peuvent exploser en quelques semaines. Mais avec une surveillance régulière, des pièges jaunes en place dès le départ, des pulvérisations de savon noir bien ciblées et quelques plantes répulsives intercalées, elles restent parfaitement contrôlables sans aucun insecticide chimique. Si vos plants sont aussi victimes d'autres ravageurs, notre guide de diagnostic des ravageurs vous aidera à identifier tous les problèmes présents et à organiser vos interventions. Et si les pucerons se joignent aux aleurodes, vous trouverez des solutions complémentaires pour ces deux suceurs de sève très souvent associés.